Le Paraguay

 

 

I. Généralité 

 

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Introduction                                          

                                                                       

Situé au cœur de l'Amérique du Sud, sans aucun accès à la mer, le Paraguay (406 750 km2) se situe entre le Brésil au nord-est, la Bolivie au nord-ouest et l'Argentine au sud, à l'ouest et à l'est. Replié sur lui -même pendant la majeure partie du XIXe siècle, ayant subi de véritables saignées au cours de la guerre de la Triple Alliance (1865 -1870), le pays participe aujourd'hui aux grands projets d'expansion des nations latino-américaines. En raison de l'absence de façade maritime, son activité économique reste sous la dépendance étroite du Brésil.

 

Géographie physique

 

Le río Paraguay, qui coule dans une vaste zone marécageuse, divise le pays en deux grandes régions naturelles : la région orientale, la plus riche, est un ensemble de plateaux doucement inclinés et fertiles, bordé de forêts vierges le long du Paraná ; la région occidentale, appelée Chaco, est une immense plaine alluviale d'une hauteur moyenne de 130 m, adossée aux contreforts de la cordillère des Andes.

 

Relief et hydrographie

 

Le nord du Chaco est une steppe quasi désertique ; le sud, assez humide, est couvert de prairies naturelles, de palmeraies et de forêts de quebracho (arbre à tanin). Dans la région orientale, la densité des fleuves et des rivières est très forte. Le majestueux Paraná marque la frontière avec le Brésil ; ses affluents sont utilisés pour l'installation d'usines hydroélectriques (complexe de l’Acaray). Un troisième grand fleuve, le Pilcomayo, traverse le Chaco vers l'est et forme une partie de la frontière avec l'Argentine. Lors de la saison des pluies, en été, les fleuves débordent et charrient des îlots de terre (camalotes) arrachés aux rives par les trombes d'eau. La région orientale possède deux lacs important : les lacs Ypacarai et Ypoá.

 

Climat et végétation

 

Subtropical dans l'ensemble, le climat du Paraguay connaît des variations locales, suivant la nature du relief. La saison humide dure d'octobre à mars, tandis que la saison sèche s'étend d'avril à septembre.

Le botaniste français Aimé Bonpland avait, dès le XIXe siècle, dressé un inventaire des quelque 3 000 espèces de plantes, de fleurs et d'arbres du Paraguay. Le célèbre maté (thé paraguayen), qui pousse à l'état sauvage dans le Nord-Est, est cultivé dans le Sud-Ouest. La faune est également très riche. Dans le Chaco, notamment, pullulent les flamants roses, les canards, les ibis, les toucans, les perroquets. Le jaguar est le fauve le plus répandu, et l'on trouve également des sangliers, des crocodiles, des ours et plusieurs espèces de cervidés.

 

 

Population

 

En installant au XVIIe siècle des communautés pour protéger les Indiens Guaranis – les premiers habitants du pays – des raids de chasseurs d'esclaves, les jésuites ont contribué à maintenir le caractère original du peuple paraguayen.

Estimée à 5,1 million d'habitants [1997], la population du Paraguay est pour une grande majorité métissée (95 %). Il reste peu d'Indiens de souche, sauf dans le Chaco, nettement moins peuplé que la région orientale. La capitale, Asunción, qui, avec le faubourg de Lambaré compte plus de 1,3 million d'habitants [1994], est célèbre pour ses jardins et ses avenues qui embaument la fleur d'oranger. La population des autres villes ne dépasse pas 100 000 habitants.

Après la Seconde Guerre mondiale, le Paraguay a connu une forte émigration due à la faiblesse du niveau de vie moyen et à l'instabilité de la politique intérieure. Le nombre de départs a cependant diminué depuis 1970. On assiste même au retour de certains Paraguayens établis en Argentine.

 

Économie

 

Dans ce pays relativement pauvre, l'économie connaît une certaine croissance depuis quelques années. L'économie paraguayenne se caractérise par un secteur des services très développé qui emploie 35 % de la main-d'œuvre et représente près de la moitié du PNB. Bien qu'il occupe 45 % des travailleurs, le secteur agricole ne compte que pour 27 % du PNB. Il fournit cependant la majeure partie des exportations. L'entrée du Paraguay dans le Mercosur en 1995 a accéléré la pénétration des capitaux et des entreprises brésiliennes dans le pays.

 

Agriculture

 

Trois cultures, le soja, le maïs et le coton, accaparent 60 % des terres arables. Le maïs est consommé sur place tandis que les deux autres sont exportés. Les petits paysans s'en tiennent à une agriculture de subsistance. La nourriture de base est le cassava (manioc). Une fois bouillie, la racine a un goût similaire à celui de la pomme de terre. La farine de manioc sert à la confection de chipas (pains); on la retrouve aussi dans la composition de nombreux plats nationaux.

Les forêts, qui occupent 20 millions d'hectares, commencent à peine à être exploitées. La qualité et l'étendue des pâturages expliquent la prospérité de l'élevage, notamment de bovins.

 

Ressources minières et énergétiques

 

L'activité minière est négligeable, mais le sous-sol contient des gisements non exploités de manganèse, de cuivre et de pétrole. Le Paraguay possède aussi des ressources hydroélectriques considérables, les bassins sud-est étant parmi les plus réputés au monde avec ceux du Québec (Canada), de la République démocratique du Congo et de la Chine. Réalisé conjointement avec le Brésil, le barrage d'Itaipú, sur le Paraná, est le premier au monde pour la quantité d'énergie produite (70 milliards de kWh). Le barrage de Yacyreta, à la frontière du Paraguay et de l'Argentine, construit en collaboration avec l'Argentine, est entré en service en 1995.

 

Commerce et transports

 

Le commerce paraguayen se fait par le port fluvial d'Asunción, la création d'une marine marchande nationale encore modeste ayant permis de réduire légèrement les tarifs de fret. Il ne faut pas négliger l'importance de cette voie d'eau qui permet le trafic de passagers vers l'Europe et les États-Unis.

Les réseaux ferroviaires et routiers sont insuffisants. La principale ligne de chemin de fer relie Asunción à Encarnación et dessert les régions les plus peuplées du pays. Quant aux routes, elles sont pour la plupart non asphaltées. La plus importante, uniquement praticable par temps sec, traverse le Chaco jusqu'en Bolivie. Ces carences ont favorisé l'essor des liaisons intérieures aériennes et la position centrale d'Asunción lui a permis de devenir un important point de transit pour les lignes internationales.

 

 

Histoire

 

Avant l'arrivée des Européens au XVIe siècle, la région comprise entre les rivières Paraguay et Paraná est occupée par les tribus semi-nomades des Indiens Guaranis. Entre 1536 et 1556, Martínez de Irala fonde le premier établissement colonial qui deviendra, avec Asunción, le centre de la puissance espagnole dans cette partie de l'Amérique latine.

 

Le temps des jésuites

 

Au début du XVIIe siècle, les autorités espagnoles confient aux missionnaires jésuites le contrôle et l'encadrement des Guaranis insoumis. Des centaines de milliers d'Indiens vivent ainsi dans une trentaine de «réductions » sous la protection des jésuites. Ces établissements, qui constituent un véritable État dans l'État et où se développent des activités commerciales, agricoles et manufacturières, suscitent bientôt la convoitise de colons espagnols, désireux d'employer la main-d'œuvre indigène et de s'approprier le monopole des jésuites sur le commerce. Les intrigues qu'ils fomentent jusqu'à la cour d'Espagne aboutissent à l'expulsion des missionnaires, qui quittent la colonie en 1768. Leur départ marque la fin des réductions et le début de la domination des grands propriétaires terriens.

 

Le XIXe siècle et l'indépendance

 

C'est le 4 mai 1811 que les Paraguayens proclament leur indépendance après avoir déposé le gouverneur espagnol. Une république dirigée par deux consuls est alors instaurée. L'un d'eux, José Gaspar Rodríguez de Francia, lutte pour que le pays garde son autonomie face aux visées de l'Argentine. Surnommé El Supremo par les Indiens, il exerce une dictature de vingt-six années qui isole à peu près complètement le Paraguay. Il supprime toutes les libertés, ferme les monastères et se proclame chef de l'Église. Il meurt, vers l'âge de quatre-vingts ans, en septembre 1840.

 

Carlos Antonio López (1790 -1862) lui succède. Libéral par certains aspects bien qu'il gouverne en maître absolu, il ouvre les frontières au commerce international, dote le pays d'une industrie sidérurgique (Ybicui), abolit l'esclavage et favorise l'instruction primaire. Son fils Francisco Solano López devient président en octobre 1862. Ambitieux, il veut faire du Paraguay la première puissance d'Amérique du Sud. Des frictions se produisent avec les deux grands pays voisins, le Brésil et l'Argentine. La guerre éclate en 1865 et, pendant cinq ans, le Paraguay résiste héroïquement aux assauts de la Triple Alliance (Brésil, Argentine et Uruguay). Francisco Solano López est tué à Cerro Corrá le 1er mars 1870. Cette guerre est atroce et la population du Paraguay en sort presque anéantie : elle est en effet tombée de 1 100 000 à 300 000, dont moins de 30 000 hommes. Occupé jusqu'en 1876, le Paraguay doit céder, au nord, la région du rio Apa au Brésil, et le territoire des Missiones ainsi qu'une partie du Chaco à l'Argentine.

 

Les régimes dictatoriaux

 

Le parti libéral accède au pouvoir en 1904. Après une nouvelle période de troubles et d'instabilité, la guerre du Chaco contre la Bolivie est une nouvelle et grave épreuve pour le pays (1932 -1935). Vainqueur mais épuisé, le Paraguay subit la dictature du colonel Rafael Franco (1936 -1937), celle du général Estigarribia (1939 -1941), puis celle du général Morinigo (1941 -1948). Quatre présidents se succèdent dans la seule année 1948. Pendant 35 ans, de 1954 à 1989, le général Alfredo Stroessner a maintenu un régime dictatorial soutenu par l'armée et le parti Colorado (libéral). Il a été renversé en février 1989 par le coup d'État du général Rodriguez, un ancien collaborateur, qui a permis un retour à la vie démocratique.

 

La libéralisation du régime

 

Candidat du parti Colorado, Rodriguez a remporté les premières élections présidentielles libres en 40 ans (1er mai 1989). Son programme prévoyait une réforme de la constitution, une réforme agraire ainsi que la lutte contre la contrebande et le trafic de drogue. Il a rétabli les libertés essentielles (liberté de presse et de réunion). En mai 1993, Juan Carlos Wasmosy, est élu président. Ayant reçu l'appui de l'armée, il doit toutefois composer avec la hiérarchie militaire ; et le soulèvement de quelques régiments, en avril 1996 montre que la démocratie reste encore fragile : en juin 1998, Raúl Cubas-Grau, qui a succédé au général Lino Oviedo (auteur de cette tentative de coup d’État) à la tête du parti Colorado, remporte l'élection présidentielle contre le candidat de l'Alliance démocratique.

 

L’actuel Président Nicanor Duarte Frutos a pris ses fonctions de 15 août 2003 après des élections démocratiques

 

Mais le Paraguay c’est aussi Festival Folklorique de Montoire …

 

… et un film paraguayen sera présenté pour la première fois au 21ème  festival de Villeurbanne reflets ibérique et latino américains en 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES MISSIONS JESUITES DU PARAGUAY

Edouard Pommier

L'histoire des missions des jésuites, qu'on appelle communément les missions du Paraguay, mais qui s'étendaient en fait sur un vaste territoire partagé aujourd'hui entre ce pays, la Bolivie, le Brésil et la République Argentine, est un épisode qui, en dépit de sa brièveté relative (150 ans), a laissé des traces profondes dans l'imaginaire collectif. Quelle que soit son originalité, qui passionne le chercheur et séduit les artistes, cette histoire pour être appréciée à sa véritable importance, et comprise avec sérénité, doit être replacée dans le contexte des problèmes politiques et moraux, économiques et religieux, posés par la découverte et la conquête de l'Amérique latine.


On a beaucoup, et parfois complaisamment, insisté sur le phénomène de la violence, qui accompagne la découverte et la conquête de l'Amérique, violence exaspérée sans doute par le déséquilibre humain et technique des forces en présence ; par la nécessité d'assurer, avec des moyens réduits et dispersés, le contrôle d'immenses territoires ; par la volonté d'imposer un nouvel ordre politique et religieux ; par la tentation des conquérants décompenser, avec des profits abondants et rapides, les risques et les sacrifices assumés ; enfin par les difficultés que la distance apportait au respect des instructions du pouvoir central.
Mais plus important encore que la violence est la réflexion qu'elle provoque dans la conscience des deux puissances, spirituelle et temporelle, étroitement associées dans l'aventure américaine, l'Eglise et l'Espagne, et qui aboutit à l'invention de principes et de pratiques qui sont à la base de notre droit des gens, et à l'élaboration d'une vision de l'homme qui reste au cœur de la pensée contemporaine.

 

La découverte du Nouveau Monde pose très vite des problèmes nouveaux complexes et étroitement imbriqués :

-          Le problème du fondement de la souveraineté exercée par la Couronne d'Espagne, et des droits qui y sont attachées :

o        Le problème des rapports avec les populations indiennes :

§         Leur nature est-elle humaine ?

§         Ont-elles vocation à recevoir le baptême ? et donc à devenir des populations d'hommes     libres ?

§         Quel est leur degré dans l'échelle de la civilisation ? ont-elles la faculté d'évoluer et de    progresser ?


- La réponse à ces questions conditionne d'autres problèmes :

o        Comment exercer la souveraineté ?

o        Comment faire entrer les Indiens dans le sein de l'Eglise ?

o        Comment assurer, en même temps, la rentabilité de la conquête et répondre aux revendications des Espagnols qui s'installent sur ces terres nouvelles ?

 

Les réponses à ces questions inédites ne sont ni immédiates, ni systématiques. Elles s'étalent en gros sur un demi-siècle ; marquées de bien des contradictions, elles finissent par former une doctrine dont le sens général est clair et toujours actuel.

Les bulles du pape Alexandre VI, en 1493, réaffirmant la souveraineté universelle du vicaire du Christ, en délèguent l'exercice au Roi d'Espagne et au Roi du Portugal sur les terres nouvellement découvertes, suivant une limite fixée par les deux souverains au traité de Tordesillas en 1494.

Sur cette base la Couronne d'Espagne exerce une souveraineté de fait qui se traduit par la conquête et par l’organisation, vers 1500, d'un régime qui soumet les Indiens, considérés comme des êtres inférieurs, au tribut et au travail obligatoires. La couronne eut délégué ses droits à ses sujets qui l'exercent à leur profit personnel : c'est le système de "l'encomienda" qui permet aux colons de disposer de la main d'œuvre dont ils ont besoin pour exploiter leurs domaines.

Le dominicain Martin de Paz, professeur à l'Université de Salamanque, intervient vigoureusement pour que soit évitée toute confusion entre l'encomienda et l'esclavage. Les lois de Burgos, - 27 décembre 1512, précisent donc le régime de I'encomienda et établissent les devoirs du bénéficiaire, "l'encomendero", qui doit veiller à la nourriture, à l'éducation, et au bon traitement des Indiens mis à sa disposition.

Ce premier texte qui systématise les pratiques tâtonnantes en vigueur depuis le deuxième voyage de Colomb, est suivi du "Requerimiento" de 1513 qui énonce la théorie de la "guerre juste". II fixe en effet les conditions dans lesquelles est établie la souveraineté de l'Espagne : elle est énoncée dans un document qui doit être traduit et lu aux indiens dans leur langue ; s'ils se soumettent, ils entrent dans le système de l'encomienda : s'ils refusent, les Espagnols peuvent leur faire une "guerre juste" à l'issue de laquelle les survivants peuvent être réduits en esclavage. En 1526, Charles Quint précise le "Requerimiento", pour que les Indiens soient très exactement informés des clauses du document qui leur est lu.
En même temps, la monarchie établit les bases juridiques et morales de son action en Amérique. Le document du 14 septembre 1519 déclare que la souveraineté de la couronne s'exerce sur la jase d'une donation pontificale. C'était dire que conquête et mission seraient inséparables. En 530, Charles Quint signe un document qui condamne explicitement la pratique de l'esclavage des personnes et de l'expropriation forcée des biens. Enfin, les bulles de Paul III, en 1537, mettent théoriquement fin aux controverses sur la nature des Indiens, en affirmant leur humanité pleine et entière et la validité du baptême qui leur est administré et qui exclut juridiquement leur réduction en esclavage.

Tel est le premier corps du système doctrinal et juridique appliqué aux nouveaux sujets de l'Espagne. Sans doute est-il insuffisant pour empêcher les abus inhérents au système de l'encomienda, et aussi pour donner à la monarchie l'assurance que ses instructions seraient scrupuleusement appliquées. La distance et le temps qu'elle induisait dans les communications jouaient en faveur d'une relative liberté d'action des autorités chargées de représenter les intérêts de la couronne et de les défendre face aux exigences et aux comportements des colons. Et c'est justement devant l'abîme d'injustice qui se creuse entre les principes et leur application que l'Eglise va réagir avec vigueur, à la fois sur le terrain du droit et sur celui de la morale, sur le terrain de la conception de l'homme et sur celui de l'expérience concrète de la colonisation. Deux hommes, l'un et l'autre dominicains, représentent ce mouvement qui eut d'immenses conséquences: Francisco de Vitoria, juriste, professeur à l'Université de Salamanque, et Bartoloméo de Las Casas, ancien encomendero, "converti" en 1514, nommé dès 1516, "procurateur" des Indiens par le cardinal Cisneros.
L'argumentation sérieuse et serrée de Vitoria et la dénonciation passionnée de Las Casas s'opposent à l'influence des conseillers de la couronne, comme Juan Guinès de Sepulveda, pour qui, selon la tradition aristotélicienne, la conquête est un devoir moral, puisqu'il s'agit de soumettre des êtres inférieurs. Elles finissent par convaincre Charles Quint : les Nuevas leyes de India de 1542 abolissent l'encomienda. Mais devant les protestations soulevées par cette mesure radicale, l'empereur la rétablit en 1545 et 1546, tout en essayant de ne pas la perpétuer, puisqu'elle est limitée à deux générations.

Devant la confusion entraînée par ces hésitations, Charles Quint décide, le 16 avril 1550, de convoquer une conférence de juristes et de théologiens pour débattre sur le problème du statut des "Indes" et de la conduite à tenir à l'égard des Indiens. Les conférences qui ont lieu à Valladolid, en août-septembre 1550 et avril- mai 1551, sont un grand événement de l'histoire culturelle et spirituelle de l'humanité.

Vitoria étant mort peu avant, le principal protagoniste fut Las Casas. Mais il faut rappeler les thèses du professeur de Salamanque, publiées en 1539. II affirme que les Indiens comme tous les hommes, ont des droits civils et politiques qui doivent être respectés. D'autre part, en vertu du principe de la séparation du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, les bulles pontificales ne peuvent pas être le fondement de la souveraineté espagnole. Dans ces conditions, il n'y a pas de guerre juste. Cependant l'Espagne peut exercer des droits légitimes, qui sont les droits naturels de tous les hommes : le droit à la liberté d'accès, de communication, de prédication. C'est dans le cadre de ce "droit naturel" que devrait s'exercer l'action de l'Espagne, y compris par la guerre : le droit naturel s'oppose en effet au maintien de pratiques barbares, comme l'anthropophagie ; si la parole échoue, on peut lutter contre ces pratiques par la force : alors il y a guerre juste. D'autre part Vitoria s'oppose radicalement à la thèse de Sepulveda sur l'infériorité naturelle des Indiens : il n'y a pas d'incapacité permanente ; il y a une situation historique qui a tenu les Indiens à l'écart de la civilisation, mais qui peut être corrigée par des moyens pacifiques.

Tandis que Vitoria jette les bases de notre droit des gens, Las Casas, au nom des exigences de la conscience morale, le rejoint pour affirmer que la barbarie est un état passager, mais que les indiens ont une culture et des dons, qu'ils sont susceptibles de progrès, grâce à l'instruction, dans le cadre d'une association avec des sociétés plus avancées. II faut donc les traiter comme des égaux et faciliter leur évolution dont l'accès au christianisme est une étape importante mais qui ne peut être franchie qu'au terme d'un apprentissage pacifique.


Les conférences de Valladolid se terminent sans que les conseillers de la couronne prennent une position claire. Mais les thèses de Vitoria et de Las Casas finissent par imprégner la pensée des légistes royaux. Les instructions de Philippe 11 aux Vice-Rois de la nouvelle Espagne et du Pérou, en 1566, portent leur marque, encore plus manifeste dans es lois du 13 juillet 1573 qui insistent sur le caractère pacifique des nouvelles conquêtes, le respect des droits des Indiens et le rôle émancipateur de la christianisation.


En affirmant l'égalité des droits et des devoirs de tous les hommes et leur vocation à la liberté, Vitoria et Las Casas inventent une doctrine qui aboutit à la déclaration universelle des droits de l'homme en 1945 et aux textes du concile de Vatican II. Grand moment histoire, les conférences de Valladolid font honneur à l'Espagne, dont les juristes, les théologiens et les missionnaires ont réagi aux circonstances créées par la conquête en élaborant une pensée lucide, généreuse et novatrice.
Cette pensée ne pouvait pas transformer radicalement la situation. Mais elle disait le droit et la vérité. Et elle pouvait servir de référence à tous ceux qui, sur la terre américaine, tenteraient maintenant de la mettre en pratique.

 

  

Cuidad Coronel Oviedo

 

La ville de Coronel Oviedo est la capitale du département de Caaguazú. Elle est au centre d’une riche  région agricole, avec d’importantes industries agroalimentaires.

 

O le district de la ville a une population (1995) de 71.216 habitants.

 

Le département de Caaguazú a une superficie de 11.474 km2 pour une  population (1995) de  428.718 habitantes.

 

La région possède un parc naturel protégé du nom du département.

 

Le climat subtropical prédomine dans cette région. Il n’y a pas de saison sèche grâce aux vents venant de l’atlantique. Les pluies permettent l’existence de forêts sub-tropicale humide mixte, formée par plusieurs espèces exploité comme le “guatambú” le cèdre et le « bois de rose” (entrant dans la composition du parfum Chanel N°5).

Les niveaux d’altitudes de plus de 500 mètres permettent également la formation de pinèdes.

 

Enfin, l’université canadienne de Laval réalise chaque année une expédition d’étudiants chirurgiens-dentistes dans un partenariat entre la Cuidad Coronel Oviedo et l’Université.

 

 

II. Journaux

 

 

Titre : ABC Color

Ville : Asunción

Langue(s) : espagnol

Périodicité : quotidien

Genre : généraliste

Diffusion (exemplaires) : 50 000 (avec les suppléments)

 

 

Bien diffusé au niveau national, le quotidien ABC Color se distingue par une ligne éditoriale indépendante et par la qualité d'un journalisme d'investigation. Fondé en 1967, son désir de défendre la liberté d'expression le fera interdire de 1984 à 1989.

Fondé sur le thème de la "foi en la patrie", sa position de défenseur de la liberté d'expression le fera interdire sous le régime de Stroessner. Marqué par cet épisode, le journal est resté prompt à la dénonciation et garde dans le choix de ses sujets une volonté de s'engager pour le civisme et la démocratie. Bien que généraliste, ses suppléments thématiques d'informations rurale et éducative remportent un franc succès auprès du lectorat.

Site web: http://www.diarioabc.com.py

En juillet 1996, ABC Color Digital est le premier quotidien national paraguayen lancé sur Internet. Reprenant les titres du jour, le site donne accès aux suppléments thématiques, et à la plupart des articles parus dans l'édition papier. Très lisible, il fait aussi office de vitrine commerciale et fournit de nombreuses données sur l'histoire du journal.

 

 

Titre : Noticias

Ville : Asunción

Langue(s) : espagnol

Périodicité : quotidien

Genre : généraliste

Diffusion (exemplaires) : 25 000

 

 

 

Lancé en 1984, Noticias est un quotidien généraliste de qualité. Edité sur 80 pages en quadrichromie, il traite tous les domaines, en privilégiant cependant l'information nationale. De tendance social-démocrate, il est très critique sur le gouvernement actuel.

Site web: http://www.diarionoticias.com.py

La page www.diarionoticias.com.py propose de lire une sélection d'articles parus dans l'édition du jour de Noticias et donne un aperçu des toutes les rubriques. La une du journal papier apparaît en format PDF en ouverture du site. Le service d'archives, très complet, permet de lire toutes les éditions du journal depuis leur mise en ligne en 2001.

Mise à jour : permanente ou quotidienne

 

Titre : Ultima Hora

Ville : Asunción

Langue(s) : espagnol

Périodicité : quotidien

Genre : généraliste

 

 

Ce journal généraliste propose également des pages Opinion. Il se veut indépendant tout en étant surtout localier.

Site web: http://www.ultimahora.com/

Le site du quotidien Ultima Hora est très complet et permet de naviguer dans toutes les rubriques de l'édition papier, avec un service d'archives détaillées depuis 2001. Il est agrémenté de nombreuses photos.

Mise à jour : permanente ou quotidienne

 

 

III. Menonites : Au Paraguay, la saga des mennonites

 

 

La foi soulève-t-elle des montagnes ? En tout cas, elle peut transformer un désert en jardin, comme l'atteste la colonisation du Chaco paraguayen par les immigrants mennonites arrivés en trois grandes vagues entre 1927 et les lendemains de la deuxième guerre mondiale. Dans un pays miné par la corruption et la pauvreté, et malgré leur faiblesse numérique (30 000 sur 6 millions d'habitants), les descendants des réformés radicaux hollandais et suisses du XVI e siècle sont aujourd'hui devenus une puissance économique qui pourrait un jour avoir des prolongements politiques. Sans le savoir, les mennonites arrivaient cependant sur des territoires déjà habités. La gestion des rapports avec les tribus indigènes et avec celles qui, attirées par la prospérité des colonies, les ont rejointes constitue le principal défi posé aux « Germano-Paraguayens ».

 

Par BERNARD CASSEN- Le Monde diplomatique

 

Un énorme éclat de rire a secoué les rédactions des médias paraguayens quand, à la fin juin, les journalistes ont pris connaissance de la dernière édition de l'Indice annuel de perceptions de la corruption (1) publié par Transparency International (TI) : leur pays ne figurait pas sur la liste ! Certes, cette liste n'est pas exhaustive, puisqu'elle ne classe que 91 pays, mais le Paraguay est-il moins important que la Moldavie, le Panama ou le Honduras, dûment épinglés, eux ? Et, si TI manquait de sources, que n'a-t-elle tout simplement consulté les quotidiens d'Asunción, qui, pratiquement chaque jour, consacrent leur « une » et plusieurs pages intérieures à leur « perception de la corruption ». En voici quelques exemples, parmi des dizaines, relevés dans la presse en juillet 2001.

Tel ancien ministre des finances affirme que « seulement 30 % des rentrées fiscales » arrivent effectivement dans les coffres de l'Etat. Des abonnés au téléphone constatent que leur facture a été alourdie du coût de longues communications internationales... qu'ils n'ont jamais passées ! Mais qui n'ont pas été perdues pour tout le monde. Des consuls paraguayens, en particulier celui de Miami, accordent de faux visas à des ressortissants de pays tiers... Des élèves du Collège national de jeunes filles - l'un des plus chics du pays - refusent de recevoir leur diplôme des mains du président de la République, M. Luis Gonzalez Macchi, dont les proches sont mis en cause dans de multiples affaires louches - notamment le détournement de 16 millions de dollars - et dont la voiture personnelle figure sur le registre des véhicules volés ! « Un invité d'honneur doit être honorable, dit la présidente du bureau des élèves du collège, et le président de la République n'a pas ce profil. » Pas plus que ne l'ont d'ailleurs le vice-président Julio Cesar Franco, ni la quasi-totalité des autres membres de la classe politique.

Cette mare de corruption et d'argent sale du narcotrafic, de la fraude et de la contrebande, où s'ébrouent les dirigeants politiques et beaucoup de responsables administratifs et économiques, est le triste bilan d'étape de douze années de « retour à la démocratie » après le renversement, en février 1989, du dictateur Alfredo Stroessner, « président » depuis 1954, et toujours vivant, bien que sérieusement malade, dans son exil doré au Brésil. Certes les libertés de presse, d'expression, d'association, etc., ont été restaurées et la Constitution réformée en 1992. Mais une oligarchie - le terme de « mafia » serait peut-être plus adéquat - en a, très partiellement, remplacé une autre, les inégalités n'ont fait que croître et les présidents qui se sont succédé n'ont fait que couvrir, voire organiser, la mise à sac des biens publics par leurs proches, leurs amis et même leurs ennemis politiques.

Le discrédit des institutions, des partis et de ceux qui les incarnent est total, mais la population reste imprégnée d'une culture de la résignation désabusée, provoquée par trente-cinq années de dictature et d'isolement culturel (2). Si opération « mains propres » il y a un jour, elle viendra des jeunes générations qui, lors du « mars paraguayen » de 1999, après l'assassinat du vice-président Luis Maria Argana, se mobilisèrent contre le président Raul Cubas, complice du général factieux Lino Cesar Oviedo, commanditaire présumé de ce crime. La répression déclenchée par le gouvernement et les commandos paramilitaires du général Oviedo contre les manifestants rassemblés sur la place de la Constitution fit 7 morts et 769 blessés. Pour éviter la destitution, M. Cubas se réfugia au Brésil, tout comme le général Oviedo. Aux termes de la Constitution, le président du Congrès, le sénateur Luis Antonio Macchi, fut porté à la présidence de la République le 28 mars 1999. Deux ans plus tard, la presse, la rue et bon nombre de ses « amis » du Parti Colorado le traitent quotidiennement, lorsqu'ils sont indulgents, d'« inepte », d'« incapable » et de « corrompu » ; et il vient d'éviter, par un vote serré de la Chambre des députés du début juillet, une mise en accusation conduisant à sa destitution... Mais ce n'est là que l'un des épisodes d'un feuilleton qui devrait conduire rapidement à son départ, et qui constitue l'ordinaire du microcosme médiatique, politique et diplomatique d'Asunción.

La zone métropolitaine, surdimensionnée - 1,5 million d'habitants sur les presque 6 millions que compte le pays -, ne résume pas tout le Paraguay. Cependant, autant sa partie orientale, entre les fleuves Paraguay et Paraná, est peu ou prou intégrée à une vision et une dynamique nationales, autant sa partie occidentale, le Chaco (247 000 km2 sur les 406 000 km2 du territoire national), longtemps peuplée de quelques tribus indigènes uniquement, fait figure de trou noir dans les représentations que les Paraguayens ont de leur pays. S'y intéresser paraît presque exotique : « Ah bon, vous allez dans le Chaco voir les mennonites ? » Oui, et le voyage en vaut la peine. On en retire même le sentiment que c'est de ce côté-là que se joue une partie de l'avenir du Paraguay. Le Chaco ? Dans l'imaginaire paraguayen : un désert interdit à la vie (3), et donc qui provoque la fascination, une malédiction de la nature, où chaque végétal est hérissé d'épines qui perforent vêtements et chaussures, où alternent gel et canicule, sécheresse et inondations, et où pullulent insectes et serpents. Surtout une zone où c'est autour de l'eau douce - parce qu'elle était rarissime - et de sa maîtrise que se sont élaborées toutes les stratégies de colonisation et de conquête, avant que des techniques australiennes de récupération et de stockage des eaux de pluie aient été mises en oeuvre.

Ainsi, la guerre du Chaco avec la Bolivie (1932-1935) se joua en partie sur la capacité logistique d'approvisionnement des premières lignes en eau potable. L'aviation bolivienne ne se contentait pas de mitrailler et de bombarder les troupes adverses, mais larguait en parachute des barres de glace à ses officiers assiégés. Dans son Fils d'homme, le romancier Augusto Roa Bastos a décrit de manière hallucinante l'agonie des soldats mourant de soif, de « mort blanche », lors de la prise du fortin Boquerón par les Paraguayens, dans l'attente d'un camion-citerne qui ne viendra pas(4). Boquerón (29 septembre 1932) (5) préfigurait la victoire finale du Paraguay et fait partie de la geste patriotique du pays, accentuant la dimension mythique du Chaco.

Aubaine pour un pays exsangue

Mais pourquoi diable, dès les années 1920, un pays catholique comme le Paraguay a-t-il accueilli dans ce désert, puis dans d'autres parties de son territoire, des colons descendant d'une dissidence protestante hollandaise et suisse d'il y a quatre siècles, et constamment victimes de persécutions ? En 1920, lors d'un voyage en bateau de New York à Asunción, le président paraguayen d'alors, Manuel Gondra, avait fait la connaissance d'un homme d'affaires et propriétaire foncier américain Samuel McRoberts. Cet ancien militaire recherchait des terres libres pour son client, le Comité central mennonite (MCC) - installé à Acron, en Pennsylvanie -, soucieux de trouver une solution au problème posé par une partie (près de 6 000 sur 18 000) des mennonites installés au Canada depuis une quarantaine d'années. Ces derniers n'acceptaient pas que les autorités leur imposent le même programme scolaire qu'à tous les autres immigrants, et en particulier l'apprentissage de l'anglais. La question de la langue était et reste en effet centrale pour les adeptes de Menno Simons partout dans le monde, sauf aux Etats-Unis : c'est l'allemand qui est leur langue véhiculaire et d'enseignement, et une forme ou une autre de dialecte bas-allemand, le plattdeutsch, leur langue vernaculaire au sein d'une même communauté. Apprenant que, contrairement au Mexique - qui en reçut environ 4 000 -, l'Argentine n'accueillerait pas de mennonites en raison de leur refus de porter les armes, Gondra se demanda : pourquoi pas le Paraguay ?

Le pays était en effet sorti exsangue de la guerre dite de la Triple Alliance (1865-1870) contre l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay : sur les 300 000 habitants qui avaient survécu, on comptait 1 homme pour 28 femmes ! Un apport de sang neuf constituait une aubaine et même une nécessité pour une nation dite, à l'époque, « d'hommes sans terres et de terre sans hommes ». D'autant que les mennonites avaient, depuis toujours, la réputation d'être d'excellents agriculteurs, durs au travail, disciplinés car unis par une foi profonde reposant sur l'autorité exclusive de la Bible. Le peuplement du Chaco, convoité par la Bolivie, répondait aussi à un objectif géostratégique. C’est d'ailleurs l'installation de colons dans ce territoire et l'hypothèse - démentie par les faits - de la présence de pétrole qui conduisit la Bolivie à déclencher les hostilités avec le Paraguay en 1932. En juillet 1921, le Congrès paraguayen votait la loi 514 qui accordait des privilèges sans précédent aux futurs colons, parmi lesquels l'exemption de la prestation de serment et du service militaire, l'utilisation sans restriction de l'allemand dans le système scolaire, le droit de se doter de leur propre administration en matière d'éducation, de santé, de prévention sociale, une période de grâce fiscale de dix ans, etc. Un Etat dans l'Etat, disaient déjà certains, oubliant que, dans le Chaco, il n'y avait jamais eu d'Etat...

 

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Les conditions étaient réunies pour les trois grandes vagues d'immigration dans le Chaco et ensuite dans la partie orientale du pays, coordonnées par le MCC (6) : celle venue de la province canadienne de Manitoba, et qui fonda la colonie Menno en 1926-1927 ; celle des victimes des persécutions staliniennes, venues d'Ukraine et de la région du fleuve Amour, et qui, après avoir transité par l'Allemagne ou s'être enfuies en Chine, arrivèrent en 1930 et créèrent la colonie Fernheim ; celle, enfin, des réfugiés de Russie qui, pour certains, après avoir suivi les troupes allemandes dans leur repli, avoir été rattrapés par l'Armée rouge et s'être retrouvés prisonniers de guerre, arrivèrent en 1947 pour constituer la colonie Neuland. Des trajectoires très différentes encore vivantes dans la mémoire des descendants. M. Gundolf Niebuh, directeur du petit musée de Filadelfia - centre administratif de la colonie Fernheim et chef-lieu du nouveau département de Boquerón - nous montre un grand tableau de style naïf peint par son père, et qui retrace les étapes de son itinéraire : fleuve Amour en Russie, Harbin en Chine, Shanghai, canal de Suez, Marseille, Le Havre, Buenos Aires, Asunción. C'est à partir de cette capitale que les difficultés allaient commencer...

Parcourir aujourd'hui les quelque 470 kilomètres qui séparent Asunción de Filadelfia par la route du TransChaco, construite entre 1957 et 1964, requiert certes une grande prudence au volant en raison des nombreux trous et effondrements de chaussée qui peuvent à tout instant déstabiliser un véhicule. Mais c'est une voie royale (un jour de trajet au lieu d'une semaine) comparée à celle que les colons devaient emprunter avant ce désenclavement terrestre : remontée du fleuve Paraguay jusqu'à Puerto Casado, train à voie étroite jusqu'au kilomètre 145, puis entrée dans l'« enfer vert » sur des charrettes tirées par des attelages de bœufs (lire « En charrette vers l'enfer vert »). Le parcours n'en reste pas moins instructif : une immense plaine jadis couverte de forêts, mais que la coupe inconsidérée du bois et le défrichage ont transformée en une sorte de savane ; quelques bourgades ou hameaux tassés autour d'une station-service et d'une cafétéria : des haltes obligées pour les conducteurs des camions frigorifiques contenant légumes et produits frais, ainsi que les immenses bétaillères qui transportent les bovins vers les abattoirs de la capitale et qui circulent à vide dans l'autre sens. Ici ou là de misérables campements indigènes : une tente, parfois plusieurs, repérables de loin en raison de la couleur vive des toiles ; quelques objets artisanaux ou du gibier suspendus à des fils tendus au bord de la route pour appâter les rares automobilistes.

Yeux bleus et cheveux blonds...

Et puis, dès la bifurcation de la TransChaco vers Filadelfia, on « sent » le changement, avec des bas-côtés plus larges et parfaitement taillés, des troupeaux plus nombreux, des clôtures en parfait état, des panneaux publicitaires : nous venons bien de pénétrer dans la colonie mennonite de Fernheim. La petite ville (7 000 habitants), avec ses rues et avenues à l'équerre, ses coquettes maisons, son cybercafé, ses restaurants semble sortis tout droit du Middle West des Etats-Unis. Quiconque s'attend à une « griffe » mennonite bien visible risque d'être déçu. Il le sera encore davantage à Neu Halbstadt, centre administratif de la colonie Neuland : les maisons - pour certaines on pourrait parler de résidences - sont plus vastes, entourées de jardins bien fleuris, et l'immeuble principal de la ville ressemble au siège social d'une banque prospère.

Au Paraguay, il y a en effet mennonites et mennonites. Autant, dans les départements de la partie orientale, les membres des quatorze colonies vivent leur foi de manière très différente, de la plus ouverte à la plus rigidement traditionaliste (avec refus de l'électricité et de la motorisation), autant, dans le Chaco, les trois colonies, et plus particulièrement celles de Fernheim et de Neuland, sont résolument dans le siècle. En d'autres termes, rien, dans sa tenue ou son comportement public, ne distingue un mennonite d'un autre Paraguayen, n'étaient, en général, sa peau, de couleur beaucoup plus claire, ses yeux, souvent bleus, ses cheveux, fréquemment blonds, et sa taille, supérieure à la moyenne. Ce qui suffit quand même à les identifier...

Arrivés comme agriculteurs, les colons se sont rapidement tournés vers l'élevage extensif, puis vers le secteur tertiaire, ce qui est évidemment le cas de la totalité (un bon millier) de ceux qui vivent à Asunción. Tous ne sont cependant plus mennonites au sens strict du terme : outre ceux qui ne sont pas baptisés (environ 30 %) tout en étant croyants, il y a ceux qui ne pratiquent plus et n'appartiennent plus à aucune Eglise (dans une proportion difficile à estimer, mais vraisemblablement encore faible) et se définissent simplement comme des Germano-Paraguayens. Tous les responsables rencontrés dans les colonies du Chaco insistent bien sur la dissociation entre trois notions, celles de foi, d'ethnie et de communauté, qui se sont confondues chez eux pendant plusieurs décennies : on était croyant, d'origine germanique et membre d'une coopérative. Mais, aujourd'hui, pour reprendre la terminologie en vigueur, un « indigène » peut être baptisé et membre d'une Eglise mennonite, un « Latino-Paraguayen » peut être baptisé et membre d'une coopérative, et un « Germano-Paraguayen » n'être ni l'un ni l'autre.

Longtemps, bien qu'ils professent la séparation de l'Eglise et de l'Etat, les mennonites du Chaco ont cumulé chez le même responsable élu la gestion du noyau dur de l'appartenance qu'est la coopérative de production, la gestion des services d'éducation, de santé, de voirie, etc., et une influence religieuse dominante. Les deux premières fonctions sont maintenant dissociées formellement, tout en étant assurées par la même personne, et celle de prédicateur échappe à la logique administrative et économique, ce qui provoque parfois quelques conflits. De surcroît, l'Etat paraguayen commence, mais très timidement - faute de moyens ou parce qu'ils sont détournés en cours de route - à s'implanter : écoles publiques, contingents policiers symboliques, etc. Mais la totalité du pouvoir reste entre les mains des mennonites, même si, dans le département de Boquerón, ils ne sont que 14 500 sur un total de 42 000 habitants.

Le succès économique des anciens colons est manifeste : ils ont effectivement, pour reprendre une formule qu'ils affectionnent, « transformé un désert en jardin ». Cela ne s'est pas effectué du jour au lendemain. Jusqu'à la fin des années 1960, ils ont seulement survécu, et certains d'entre eux sont même repartis dans leur pays d'origine. Le décollage ne s'est véritablement produit qu'à partir de 1968, avec le début de la mécanisation agricole, rendue possible par l'ouverture de la route TransChaco, qui a également permis la commercialisation des produits. Au niveau national, les mennonites produisent 75 % du lait et de ses dérivés, en assurant sur place les activités de transformation et de conditionnement, ainsi que 15 % de la viande. Ils exportent arachide, coton, sorgho, et ont installé des industries légères florissantes (jus de fruits, métallurgie et mécanique, bois). Le revenu moyen annuel par tête des membres de la coopérative de Neuman se situe, selon son président, M. Peter Siemens, entre 10 500 et 11 000 dollars par an (alors qu'un Paraguayen sur 5 vit avec moins d'un demi-dollar par jour). Il existe cependant de grandes disparités entre eux, car, et c'est une surprise pour l'observateur, la culture de coopérative - et les lourds prélèvements progressifs qu'elle implique pour la gestion des services sociaux : entre 10 % et 19 % du revenu - n'est en rien contradictoire avec la recherche du profit personnel ou l'esprit de concurrence. Et, entre coreligionnaires, on ne se fait pas que des cadeaux... Ainsi M. Siemens, qui, en tant que président de la coopérative, a la haute main sur le grand supermarché de Neu Halbstadt, est en même temps personnellement propriétaire d'un magasin du même type situé à quelques mètres. Finalement persuadé par ses amis des risques de conflit d'intérêts, il a dû en confier la gestion à des tiers pendant la durée de son mandat...

M. Denis Rahn, jeune patron d'une radio FM privée qui tente de se faire une place face à ZP 30, radio officielle de la colonie Neuland (et donc dotée de gros moyens), s'insurge contre le dumping publicitaire de sa concurrente et « contre le fanatisme des colons qui la défendent et [lui] rendent la vie difficile ». M. Rahn, mennonite fervent, est pourtant tout sauf subversif. Sa grille musicale est d'une grande orthodoxie (essentiellement « country » et pop allemandes, et musique paraguayenne, à l'exclusion de tout rock) et il ne court aucun risque de dérapage verbal : « Je fais très peu de direct pour éviter les propos intempestifs. »

Pour les Paraguayens, les mennonites, même s'ils sont seulement connus de manière floue, passent pour une puissance économique fondée sur un professionnalisme, une rigueur gestionnaire et une honnêteté qui ne sont pas monnaie courante. Mais ceux qui, dans la capitale, s'intéressent à eux - et ils sont assez peu nombreux - ont plutôt tendance à poser les questions qui dérangent et à mettre en avant les problèmes qu'ils rencontrent, parmi lesquels leurs rapports aux indigènes et la solidité de leur modèle social, ainsi que leurs ambitions politiques présumées.

Lorsque les premiers colons sont arrivés dans le Chaco, ils ne savaient pas qu'ils y trouveraient des peuples premiers vivant de la chasse et de la cueillette, en majorité des Indiens Enlhet (dits également Lengua) et Nivaclé. Le premier contact avec eux fut pacifique - les mennonites sont non violents - et il ne s'est jamais produit d'incidents sérieux entre les communautés. Très rapidement, les colons ont compris que leur sécurité à terme reposait sur une intégration de leurs voisins, ce qui supposait leur sédentarisation, leur transformation en agriculteurs et en salariés, et même l'incorporation à leur foi (on baptise les indigènes depuis 1946). D'autant qu'ils avaient besoin d'une main-d’œuvre à bon marché, eux-mêmes étant plutôt démunis. L'entreprise a largement réussi avec ses aspects positifs et négatifs. Les aspects positifs sont visibles : dans les coopératives, les dispensaires, les écoles, les radios, on trouve des indigènes occupant des postes semi-qualifiés ou qualifiés et bénéficiant des dispositifs de protection sociale. Pratiquement tous les jeunes sont scolarisés, ce qui n'est pas le cas dans d'autres régions. D'ailleurs la présence des mennonites a attiré dans le Chaco central des ethnies qui n'y vivaient pas.

Mais la médaille a son revers que ne se privent pas de souligner les indigénistes : pendant longtemps, l'exploitation d'une main-d’œuvre payée en coupons seulement utilisables dans les coopératives et la discrimination. Aujourd'hui, la critique porte sur les conditions sanitaires et la ghettoïsation de certains campements, la prostitution qui y sévit et, surtout, sur la perte d'identité des indigènes soumis au paternalisme mennonite. L'Eglise catholique soutient cette contestation, mais on peut imaginer que ses motivations ne sont pas exclusivement sociales : elle ne voit pas d'un bon oeil le prosélytisme de ses « concurrents » et s'efforce de le contrecarrer, notamment par l'implantation d'une puissante radio FM catholique par les trois évêques du Chaco : Radio Pa’ i Puku, qui entend faire pièce à ZP 30...

Un jour, un président ?

Sur quoi repose la cohésion des mennonites : sur leur origine ethnique, leur foi ou leur pouvoir économique ? Et comment préserver ou renforcer ce dernier lorsque, dans un pays de 6 millions d'habitants, l'on est seulement 30 000, de surcroît vivant pour beaucoup dans des communautés relativement isolées ? Ce simple chiffre pointe un autre danger : la consanguinité et ses conséquences, notamment en termes de maladies mentales. Les mennonites disposent du meilleur hôpital psychiatrique, et ce n'est pas un hasard. Par ailleurs, les descendants des colons ne vivent pas nécessairement au quotidien toutes les vertus professées en chaire : on ne compte plus les indigènes aux yeux bleus, alors qu'il n'y a guère de mariages mixtes, et le sida a fait son apparition.

Le Paraguay aura-t-il un jour un président mennonite ? La question n'est plus saugrenue. Le département de Boquerón a pour gouverneur l'un d'entre eux, M. Orlando Penner, ancien champion motocycliste et as du volant (il accomplit le trajet Filadelfia - Asunción par la route TransChaco à une moyenne de 150 km/heure...). M. Penner, membre du parti Encuentro nacional (Rencontre nationale), créé en 1992, et d'un dynamisme à toute épreuve, a instauré une gestion totalement transparente des maigres ressources dont il dispose - les subventions de l'Etat n'arrivant qu'avec des mois de retard, et pour partie seulement -, et qui ne manque pas de traits communs avec le budget participatif de Porto Alegre, qu'il nous dit d'ailleurs ne pas connaître. Vue d'Asunción, une telle démarche apparaît insolite à la classe politique, mais d'autres pourraient bien la trouver porteuse d'espoir pour l'avenir...

BERNARD CASSEN.

 

Lire « Limites de la transparence », Le Monde diplomatique, juillet 2001.

(2) Il est cependant significatif qu'un mouvement Attac, comme il en existe déjà en Argentine, au Brésil, en Bolivie, au Chili et en Uruguay, se soit constitué en juillet dernier au Paraguay.

(3) En fait, on y a recensé plus de quatre cents espèces d'oiseaux et plus de cent de mammifères, parmi lesquels des pécaris, des tapirs, des pumas et des ours.

(4) Augusto Roa Bastos, Fils d'homme, traduction de l'espagnol par François Maspero, Seuil, Paris, 1995 (le livre avait été originellement publié en 1960).

(5) Le nom de cette bataille a été donné à l'un des trois départements du Chaco, celui du Chaco central, où se trouvent les trois colonies mennonites. Les deux autres départements ont nom : Presidente Hayes et Alto Paraguay.

(6) Il existe dix-sept colonies mennonites, trois dans le Chaco et quatorze dans la partie orientale, sans compter la communauté qui réside dans la capitale.

Lire aussi « Quatre siècles de persécutions et de migrations ».  http://www.monde-diplomatique.fr/2001/08/A/15511

 

Pour approfondir le sujet et découvrir le présent :

    http://www.chortitzer.com.py/

    http://www.neuland.com.py/

    http://www.fernheim.com.py/lacolonia.htm